Le rendez-vous est désormais fixé. Félix Tshisekedi s’adressera à la Nation ce jeudi 27 août à 20 heures, heure de Kinshasa. Annoncée par la présidence de la République, cette intervention intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, alors que le chef de l’État a promis l’ouverture d’un dialogue national inclusif.
L’enjeu de cette adresse dépasse donc le simple exercice de communication présidentielle. À quelques semaines de la rentrée parlementaire et après plusieurs mois de pressions politiques, les Congolais attendent surtout des précisions sur le contenu, le format et le calendrier du dialogue annoncé par le président.
Une promesse présidentielle qui attend encore son mode d’emploi
Le 17 juillet, à l’issue d’une rencontre avec les représentants des principales confessions religieuses, Félix Tshisekedi avait donné son feu vert au principe d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain ». L’objectif affiché était de consolider la cohésion nationale dans le respect des institutions et de la Constitution.
Un mois plus tard, le cadre de cette initiative reste cependant largement à définir. Qui participera aux discussions ? Sur quels sujets ? Selon quelles règles ? Et surtout, quelle place sera accordée à l’opposition politique et aux différentes composantes de la société congolaise ?
À Libreville, mi-août, le président avait annoncé qu’il reviendrait devant la Nation afin de préciser sa vision et les contours de ce dialogue, promettant un processus qui, selon lui, serait différent des précédents.
L’adresse de ce jeudi apparaît ainsi comme la première véritable échéance pour transformer cette annonce politique en feuille de route.
Une pression croissante de l’opposition
Cette intervention intervient également après l’ultimatum lancé par la Coalition article 64 (C64). La plateforme, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Augustin Matata Ponyo, avait exigé la convocation d’un dialogue national inclusif au plus tard le 15 août.
L’échéance est passée sans convocation formelle. La contestation ne s’est toutefois pas éteinte. La C64 a annoncé une nouvelle mobilisation pour le 15 septembre, tout en réaffirmant son opposition au projet de référendum et à toute perspective de modification de la Constitution susceptible, selon elle, de permettre à Félix Tshisekedi de prolonger son pouvoir.
Le président se retrouve donc face à une équation délicate : ouvrir un espace de concertation sans donner le sentiment de céder à la pression de l’opposition, tout en conservant la maîtrise de l’agenda politique.
Dialogue ou nouveau round de confrontation ?
C’est précisément sur ce terrain que l’adresse présidentielle sera scrutée. La question n’est plus seulement de savoir si Félix Tshisekedi est favorable au dialogue : il l’a déjà annoncé. Le véritable test sera de connaître les modalités concrètes du processus.
Le calendrier pourrait également être déterminant. La controverse autour du référendum ajoute une dimension institutionnelle au débat. Adoptée par le Parlement puis déclarée conforme à la Constitution sous réserves par la Cour constitutionnelle le 28 juillet, la loi organisant le référendum fait désormais l’objet d’une nouvelle délibération sollicitée par le chef de l’État.
Dans ce contexte, toute annonce présidentielle sur le dialogue sera immédiatement analysée à l’aune de la question constitutionnelle, de la présidentielle à venir et de la crise sécuritaire dans l’est du pays.
L’adresse de tous les enjeux
Félix Tshisekedi dispose donc, ce jeudi soir, d’une fenêtre politique importante. Une annonce précise sur le calendrier et les règles du dialogue pourrait contribuer à désamorcer une partie des tensions. À l’inverse, une intervention restant générale ou sans échéancier concret risque de nourrir davantage les interrogations de l’opposition.
Plus qu’une simple adresse à la Nation, le discours de 20 heures pourrait ainsi constituer un moment charnière pour la séquence politique congolaise. Après avoir annoncé le principe d’un dialogue, le président est désormais attendu sur sa mise en œuvre.
Félix Ilunga
